Le grand voyage

Le mois de septembre c’est la fin de l’été et l’entrée dans l’automne.

Après l’équinoxe, le temps ralentit. La nature entre dans une phase de moisson pour préparer l’hiver. L’homme est le seul animal curieux qui s’agite frénétiquement alors même que les autres espèces savent qu’il faut épargner son énergie parce que les ressources et la nourriture vont manquer. Traditionnellement, dans les cultures basées sur l’agriculture, c’est un temps pour ramasser les récoltes, préparer et engranger pour l’hiver. Spirituellement, c’est un peu la même chose. Un temps où le corps ralentit après l’été, où l’esprit a besoin de se retirer plus souvent au calme, de s’arrêter pour mieux engranger les expériences de l’année écoulée. C’est un arrêt salutaire, qui permet d’intégrer les leçons qui ont pu être retirées de ces expériences. Prendre ce temps d’arrêt, c’est se préparer à l’intériosation propre à l’hiver, à la fin d’un cycle.

Saisons, cycle de vie.. la vieillesse sonne comme un automne. Plus calme, tempérée, sagesse des années accumulées, ralentissement.. avant l’entrée dans le grand voyage, le mystère qui accompagne l’humanité depuis les origines.. la mort elle-même.

Ce mystère, je l’ai trouvé souvent difficile à affronter, surtout quand, adolescente, je n’avais aucune vie sprituelle. Pas de religion dans la famille, une mise de côté de la chose spirituelle, mais rien d’autre à la place. Alors j’ai construit ma propre compréhension du grand voyage.. en partie grâce aux séries. Et à Star Trek en particulier.

Deux extraits

La mort sacrifice/ utile

Confrontation à la mort. Et pas celle de n’importe qui. Celle de Spock, un personnage logique, très attaché à ses amis malgré son manque d’émotion (ou du moins la dissimulation de ses émotions pour raisons culturelles). Le héros de mon adolescence. Intelligent, instruit, aimé par ses pairs pour ce qu’il est, intègre et fiable… bref, accepter de voir une icône disparaître, c’est difficile et cela fait réfléchir.

Il sauve d’autres vies en remplaçant une pièce de réacteur dans un secteur hautement contaminé mais meurt irradié des suites de ses blessures. Sa mort est une mort qui a du sens : un sacrifice pour sauver d’autres vies. La seule qui me semblait acceptable à l’époque. Tout aurait pu s’arrêter là. Belle scène, cérémonie. Fin.

La résurrection / renversement du paradigme.

Seulement voilà, sous la pression des fans, Spock revient. Mais là n’est pas l’essentiel. le Vulcain devient un personnage christique : mort, il est ressuscité par la magie des techniques Vulcaines, sa planète d’origine. La dimension  christique  est évidente pour toute personne qui a reçu une éducation catholique, mais pas pour moi, au moment où je le vois pour la première fois…

Spock, dans sa logique, a sacrifié sa vie pour sauver l’équipage du vaisseau et dit à son ami et capitaine que le besoin du plus grand nombre l’emporte sur celui de quelques-uns, ou d’un seul, pour justifier son geste. Ses amis vont tout risquer pour réunir son corps et son esprit (on ne parle pas d’âme, notez bien) et lui donner une chance.. de résurrection. Son capitaine sacrifie le vaisseau, et en compagnie de ses autres amis, viole quantité de règlements pour le sauver .. bref, le besoin d’un seul peut aussi l’emporter sur celui du plus grand nombre.

Au niveau des valeurs je vois que l’amitié et la fidélité sont essentielles. Et spirituellement, ce n’est pas tant la notion d’âme et de résurrection qui me frappe (ces notions sont déjà très présentes dans la société occidentale, qu’on soit croyant ou non) mais celle de la réincarnation. Du rituel aussi. Nécessaire lors d’un décès (homélie, mise en bière ou éjection dans l’espace) pour aider les vivants. Du fait qu’une personne qu’on aime vit toujours tant qu’on pense à elle et que cela peut être une forme de spiritualité, de réconfort. Le rituel Vulcain de résurrection a un côté austère, calme, inspiré, qui me fait alors une forte impression. Son côté oriental – voire tibétain – est largement voulu par les scénaristes. Le danger associé à la possibilité d’un retour à la vie du personnage, donne tout le sel d’une scène sobre. Les retrouvailles finales n’en sont que plus émouvantes.

Spock est revenu du grand voyage. Il n’en parlera pas, bien sûr, évoquant à son alter ego émotionnel, le Docteur McCoy un défaut de vocabulaire commun pour pouvoir le partager. Le mystère reste entier. Le Vulcain gagnera de ce voyage un supplément de sagesse et un apprivoisement de sa dualité humaine pour devenir entier. Solide et souple, empli du meilleur des deux mondes. Il m’a montré la voie d’une évolution personnelle à l’échelle d’une vie.

Tous et chacun nous traversons à l’occasion des petites morts : séparations, ruptures de vie, projets avortés, difficultés majeures de tout ordre. Me souvenir que je peux aussi ressusciter une fois que j’accepte ces morts là, apprendre de la traversée, cela me conforte dans mon humanité. Et tout cela, c’est à Spock que je le dois…

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