Il y a des moments dans la vie qui donnent l’impression d’être dans l’impasse, de tourner encore et encore dans la même boucle de pensées négatives, déprimantes. De retomber douloureusement dans la même ornière, sur son chemin. Il y a pourtant des indices, des petits cailloux qui, semés par la partie de soi qui voit plus loin, qui voit tout le chemin dans son ensemble, finissent par briller dans le noir.

J’ai rêvé d’Houdini. Cet illusionniste du tournant du 20e siècle qui était capable de sortir d’une cuve remplie d’eau, couvert de chaînes, en quelques minutes. Quel était son message : que je pouvais moi aussi sortir de ce qui m’enchaîne, des pensées récurrentes dont le hamster se nourrit.

J’ai rêvé du phénix, cet oiseau mythique qui est capable de mourir et renaître par le feu.

J’ai revu des scênes de jeunesse, rappels des liens qui m’attachaient à des valeurs, des comportements délétères. De la difficulté à trouver ma place dans la famille et dans la société, de vouloir être ce que je n’étais pas, et de ne pas savoir qui j’étais. De la sensation d’étrangeté persistante, de n’appartenir à aucun monde sans encore trouver le mien autrement que dans les livres et les séries TV où l’on imagine un monde de paix, de tolérance, d’écoute, de collaboration et d’accomplissement de chacun sans autre condition que l’ouverture, la curiosité et l’apprentissage.

J’ai lu la légende de cette princesse qui a dû fuir son pays pour suivre son coeur, car elle était tombée amoureuse d’un homme qui n’était pas celui que ses parents avaient voulu lui donner en mariage. Elle a vécu exilée jusqu’à sa mort. Elle a choisi sa vie au prix d’une rupture fondamentale avec sa famille.

Les liens familiaux vont au-delà des ancêtres directs. La psychogénéalogie popularisée par Alejandro Jodorowsky, les constellations familiales de Bert Heillinger, ou encore le génogramme réalisé en psychologie démontrent que les familles se transmettent des cultures, mais aussi bien d’autres choses. « Les maladies courent dans la famille » : faisceau d’attitudes, de culture et d’habitudes alimentaires, prédispositions génétiques..  Il en est de même des comportements. Nous reproduisons ou nous opposons à ce que nous avons appris. Parfois nous prenons même des missions : avoir la même vie qu’un parent par fidélité, sans même le connaître !

Intellectuelle dans une famille d’ouvriers qui ont accédé à la classe moyenne, j’ai dû défricher, apprendre, comprendre, un monde dont mes parents n’avaient aucune idée. Le lycée, l’université. Les amis différents, la difficulté de vivre entre deux mondes.  La nécessité vitale de trouver des pairs, sans renier le monde d’où je viens. Le grand écart. C’est le milieu de la science-fiction qui m’a apporté un sentiment d’appartenance à une tribu choisie, souvent composée de gens qui se cherchent et qui s’interrogent sur l’avenir du monde pour mieux construire celui à venir dans certains cas, susciter des prises de conscience en écrivant de la fiction.

Aujourd’hui j’ai changé de pays, j’ai gardé des amis, en ai découvert d’autres et je suis plus que jamais fascinée par la diversité des hommes mais aussi leur similarités. La famille d’origine a pris une part moins grande dans ma vie, il y a eu beaucoup d’ajustements, de rigidités et d’oppositions à conquérir. Car quand je bouge, les autres doivent bouger pour me suivre. La résistance fut parfois maximale, douloureuse, frontale, violente. J’ai failli couper les ponts plusieurs fois. J’ai reconnu des schémas que j’avais voulu fuir surgir dans mes comportements, le plus souvent contre mon gré, parfois à mon grand désespoir, avec des gens que j’aime plus que tout. J’ai cru alors que me battre contre moi-même serait la solution. Mais elle était ailleurs.

Jodorowsky parle de la famille à la fois comme un poids et comme un cadeau. Le chemin de vie, c’est de trouver les cadeaux. Et laisser tomber les boulets.

Ce matin, spontanément, j’ai donc pensé à mes ancêtres sans distinction et je leur ai dit :
« Je n’ai plus à porter vos fardeaux pour continuer à vivre ET faire partie de la famille. S’il vous plaît, occupez-vous-en par vous-mêmes. Je suis un nouveau chemin, je fais toujours partie de la famille même si mes choix sont différents des vôtres. Merci pour la vie ! »

C’était libérateur. Briser les chaînes sans casser la relation vivante, le lien à la vie qui me vient de tous ces ancêtres à travers le temps.. quelle expérience fascinante. Un pur geste de compassion envers moi-même, qui n’aura plus à porter ce qui ne m’appartient pas tout en reconnaissant d’où je viens.

C’est un peu la voie d’Ho’oponopono, qui sépare et réunit en même temps.

 

Maintenant je suis comme au sommet d’une montagne gravie après un effort soutenu et je profite un peu du paysage.

 

Front Photo by Edward Koorey on Unsplash

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