La quête de réponses fait partie intégrante du profil HPI / surdoué.

J’ai 15 ans.

Un été en Charente, nous passons une semaine dans une maison prêtée par des amis de mon père. Une maison remplie de livres partout. Lectrice assidue, j’étais aux anges. Tant de choses à découvrir et si peu de temps..

On me passe le tome 1 du Seigneur des Anneaux. Réticente au début – bah des histoires d’elfes c’est pour les gamins !! – je commence à embarquer au moment où les Hobbits rencontrent Grand Pas, cet homme mystérieux qui se cache dans une auberge de Bree. L’Aventure commence vraiment là, le reste, je l’ai su plus tard, n’était finalement qu’un prélude. Je dévore le bouquin mais les deux autres tomes, la personne ne les a pas. Les vacances continuent et de retour à Lyon je vais acheter les deux tomes suivants que je dévore, puis, une fois le premier tome arrivé – il était indisponible – je relis la trilogie au complet.

Adolescente en décalage, dévoreuse de livres – il y avait surtout des encyclopédies et des ouvrages pour l’école chez nous – je me rends compte aujourd’hui que la curiosité, la soif de connaissances, la capacité à lire rapidement, comprendre des ouvrages « pas de mon âge » et poser des tonnes de questions étaient en fait des signes extérieurs de douance.

La même année je lisais avec autant de passion l’Iliade et l’Odyssée d’Homère et l’année suivante le Nom de la Rose d’Umberto Eco, alors même que ma prof de français trouvait que c’était trop compliqué pour mon âge… j’ai adoré, même s’il m’a fallu un dictionnaire parfois.

Alors oui, la douance est visible, mais comme l’écrivait Tolkien, il faut parfois être capable de « voir à travers un mur de briques » comme certain aubergiste de Bree.

Cela aurait pu m’éviter des années d’auto-dévaluation, des décalages au travail dont la source m’échappait, une sensation de ne pas savoir communiquer avec les autres ni de les comprendre.

Aujourd’hui, je m’éloigne des regrets d’avoir su si tard, à 48 ans.

Réalité alternative..

Et je reviens à J.R.R. Tolkien.

L’ombre du regret s’efface quand la lumière se fait et la nuit n’en est que plus belle car elle révèle la clarté des étoiles.

Montée sur un palefroi gris, (voici) Arwen, étoile du soir de son peuple. Et Frodon, la voyant approcher, rayonnante dans le soir avec des étoiles au front et environnée d’une douce fragrance, fut grandement émerveillé, et il dit à Gandalf : « Je comprends enfin la raison de notre attente ! Ceci est l’achèvement. Dorénavant, ce ne sera pas seulement le jour qui sera aimé, mais la nuit aussi sera belle et bénie, et toute peur en sera bannie ! »

JRR Tolkien – Le Seigneur des Anneaux – livre 6 – le retour du roi. C. Bourgois éd.

Photo by Sean Parker on Unsplash

3 commentaires sur « De l’ombre à la lumière »

  1. Faut-il avoir des regrets ?
    Un bilan n’est en général qu’un outil, un marteau qui permet par exemple d’aménager un parcours scolaire.
    Tous les enfants doués n’apprécient pas le seigneur des anneaux. Est-ce que tous les lecteurs du seigneur des anneaux sont différents d’une « norme » que l’on placerait on ne sait où ? Il y a-t-il un âge « normal » pour découvrir la trilogie, un peu comme à l’école où certaines choses « sont au programme » et d’autres pas ?
    Est-ce que le regard des autres aurait changé en donnant un nom à ce zèbre que tu étais… Vaut-il mieux être une « petite fille différente », ou une « petite fille douée / en avance » ?
    Et finalement, est-ce que le diagnostic n’a pas été posé très tôt (tu lis des choses pas de ton âge), même si le vocabulaire (douance / précocité / HPI) n’existait pas à l’époque ?

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    1. Pas de regrets non, même si l’idée d’avoir pu gagner du temps et d’avoir peut être évité certains écueils reste attrayante.. C’est surtout la faim immense de lectures, de connaissances qui reste un trait atypique mal géré par l’école, la famille non informée, selon moi. J’étais super bonne en français et histoire, mais j’étais nulle en maths et les maths c’est très important dans le cursus.. Ne voir que les choses qui sont difficiles pour moi ça a conditionné l’impression que mes talents n’étaient pas importants. Parce que c’était facile ?
      La différence était aussi sociale à l’école et difficile à vivre. De l’aide aurait pu éviter ce que je vois aujourd’hui comme une dépression masquée et du harcèlement par les pairs toute l’année de troisième. Un constat de capacités qui n’est pas accompagné d’outils pour gérer cette différence ou renforcé par l’entourage significatif fait qu’un atout devient un handicap social qui a perduré longtemps.

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  2. Billet intéressant. J’étais de loin une lectrice rapide comme toi, enfant. Or il est vrai que je lisais beaucoup et pas mal un peu de tout.
    Je fais partie de la génération de lecteurs dont l’oeuvre littéraire s’est grandement inspiré de celle de Tolkien, soit l’univers magique de Mme J. K. Rowling. Elle l’a dit qu’elle avait été une lectrice immodérée de Tolkien plus jeune. Je me suis familiarisée à la fantaisie par son univers. Et par une grande curiosité pour tout ce qui est différent : étrange, imaginaire, insolite, etc.

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